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Les très nombreuses sorties cannoises : Une Femme douce de Sergei Loznitsa ; Les Proies de Sofia Coppola ; 120 battements par minute de Robin Campillo ;

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Association Ciné Cinéma

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Avril 2016

Des clowns et des clones.


Où il sera question de la quatrième dimension en général et des rencontres du troisième type en particulier.

 

À commencer par la figure de l’ogre, personnage clé des contes, complément inversé des fées, métamorphosé en saltimbanque dans le dernier film de Léa Fehner, qui signe donc avec Les Ogres un hommage vivifiant à la bohème de son enfance. Sa caméra butineuse en bandoulière, la réalisatrice nous exhorte au vagabondage entre pont et chaussée, arpentant avec boulimie le macadam ordinaire du théâtre itinérant. À mille lieux de l’heroic fantaisy et de son opulence décorative, l’ogre sait aussi s’accommoder de l’ordinaire réservé à l’antichambre. Car tout compte fait, Room est bel et bien la pièce montée idéale, une sorte de récit caverneux et viscéral, filmé par le trou de la serrure où la figure domestiquée de l’ogre est associée à l’ombre méphistophélique du géniteur tyrannique.

 

Après plusieurs années où son talent était resté semble-t-il en apesanteur, Dominik Moll nous adresse Des nouvelles de la planète Mars. Installé dans un quotidien très plan-plan - formellement traité en grisaille -, le pari réussi du film consiste, à grand renfort de surnaturel, à filmer l’angoisse existentielle d’un clown blanc confronté à la démultiplication des empêcheurs de tourner en rond. Au premier rang desquels un « auguste » rival de travail, trublion lunaire adepte des lois de l’attraction désastreuse comme il en est de ses improbables numéros de music-hall où subrepticement le lapin lève un lièvre, se carapate et laisse son magicien en carafe.

 

Autre film soucieux de s’en remettre aux bienfaits d’une infusion de fantastique pour tonifier l’élasticité du corps scénaristique, Midnight Special décrit, quant à lui, une cavale menée à bride abattue ; celle d’un père et de son fils, un adolescent hors norme, terrestre « extra » promis à devenir l’E.T. de sa génération, mais sous réserve que l’homo americanus ne verse pas dans une énième hystérie de masse telle la paranoïa qui enveloppe les entrelacs et ressorts narratifs de L’Invasion des profanateurs de sépultures.

 

Dans Blade Runner, Ridley Scott filme l’accomplissement du réplicant, prolongeant de facto l’interrogation formulée par le romancier Philip K. Dick sur la faculté du clone humain à rêver de moutons électriques, quand les hommes en sont encore à les compter pour trouver le sommeil. Ainsi, au moment où l’intelligence artificielle triomphe insolemment au jeu de go, damant le pion au champion du monde coréen de la spécialité, n’est-il pas déjà écrit que le robot sera définitivement notre égal à la seule condition qu’il puisse reproduire l’irrésistible comportement moutonnier de l’espèce humaine ?

 

 

 

Jean-Michel HELLIO pour Ciné Cinéma

 

 

 
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