Prévu en août septembre

Les très nombreuses sorties cannoises : Une Femme douce de Sergei Loznitsa ; Les Proies de Sofia Coppola ; 120 battements par minute de Robin Campillo ;

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Association Ciné Cinéma

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Janvier 2016

Nos oncles d’Amérique


Non pas sept samouraïs et pas plus de mercenaires mais bien huit salopards en titre. Hier chez Robert Aldrich leur nombre s’élevait pourtant à douze comme autant de promesses d’une épiphanie rassemblant avant l’heure une tribu d’apôtres patibulaires. Désormais le temps est au règlement de comptes et aux disparitions de circonstance. Si les nombres valsent comme les cylindres du bandit manchot l’horizon des possibles quant à lui se rétrécit tel le canon scié des carabines. Avec Les Huit salopards, Quentin Tarantino fait sécession comme la guerre du même nom. Sabre au clair, le cinéaste sonne la charge en hiver sur un territoire déserté par le sable mais emmitouflé dans un manteau neigeux. L’auteur de Django y célèbre la durée jusqu’à l’épuisement victorieux, évide les codes d’un genre mille fois exhumé, étire le spaghetti d’un western trop à l’étroit dans sa facture classique pour lui préférer la célébration de sa pâte maniériste.


Autre figure sécessionniste John Ford qui, dans La Prisonnière du désert, confie au confédéré Ethan Edwards - alias John Wayne - les rênes d’un récit fleuve fondé sur l’essoufflement de la rage motrice de son protagoniste central. Nulle chevauchée épique, nulle extension du domaine de la lutte, mais l’accomplissement d’une tragédie intime et familiale dont le ressort est bel et bien le rapt de deux fillettes après le massacre des leurs par une tribu indienne. Ici l’esthétique fordienne fondée sur l’évidence du plan se métamorphose en une promesse captivante d’expressionnisme formelle, une sorte d’abstraction cinématographique saisissante de relief et capturée dans un Cinémascope haut en couleurs.


D’un bled perdu de l’Aisne jusqu’aux plaines arabes et persiques, Les Cowboys file en apparence la métaphore de la cavalerie et des indiens de circonstance. Si l’Ouest tarde à donner de ses nouvelles, le soleil lui continue toujours de se lever à l’est du côté du Levant. De prime abord une vitrine folklorique celle d’un Ouest légendaire travaillé par la figure de la country, ses pas de danse, ses airs entêtants ; bref, tout un protocole où l’instrument est musical à souhait. Une disparition plus loin et c’est tout un imaginaire qui reprend alors vie sous nos yeux comme un écho du passé. Les Cowboys de Thomas Bidegain ou la chronique d’une disparition celle de Kelly partie faire le djihad. Nouvelle prisonnière du désert assignée à résidence soudainement confrontée à la duplication d’une histoire celle de son double de cinéma, en l’occurrence l’inoubliable Debbie Edwards, kidnappée par les Comanches dans le film fordien puis devenue, au fil des saisons, à son tour Comanche. Quand le grain de sable enfante les déserts de l’Histoire.

 

 

 

Jean-Michel Hellio pour Ciné Cinéma

 
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